
Je m'avançai à pas lents, d'une démarche chancelante. Mes yeux grandement ouverts, la bouche légèrement entrouverte, j'aperçus le sol du haut de la falaise. Mes muscles engourdis opposaient une résistance farouche, me criant d'arrêter, de revenir en arrière. Mais je les ignorai et continuai d'avancer, mes pas lourds s'inscrivant dans le sol. Une forêt envahissante s'étendait au loin, les nuages gris cachaient les lueurs chatoyantes de la nuit. Le temps était glacial, mais les êtres sommeillaient, chacun dans son abri.
Je m'effondrai, et ressentis la douleur que m'infligeait la plaie béante que j'avais reçue en trébuchant sur les rochers du chemin sinueux. Ma chemise était en lambeaux, mes cheveux ébouriffés collaient sur mon visage affligé. Seul la lune et les étoiles offraient une clarté pure et solennelle.
D'une main tremblante et poussiéreuse, j'essuyai les larmes sur mes joues pâles. Ma main heurta au passage un rocher dont les formes restèrent indistinctes. Le sang coulait abondamment le long de ma paume, alors que l'obscurité le noyait de ma vue.
Je gémissais, car la douleur était insupportable, mais aussi parce que je sentais que la fin approchait…et que je l'avais choisie. Mais à ce stade, mes pensées demeuraient floues et mes gestes incontrôlables. J'agissais en me sentant comme à moitié évanouie. Je n'arrivais pas à préciser les contours de mes sentiments et de mes actes, étroitement emmêlés. Les astres célestes et lumineux semblaient fêter l'occasion. Ils m'encerclaient, dominants. Je croyais les entendre m'encourager et effectuer une danse d'une lueur fantomatique. A la lueur des étoiles, ma silhouette pitoyable était recroquevillée, les bras serrés contre ma poitrine, les cheveux recouvrant mon visage tailladé.
Mon corps et mon âme harassés se reposèrent un bref instant lorsque je plongeai, les yeux fermés, dans un monde paisible.
C'était le chaos. Rien ne bougeait. Rien n'existait. Tout s'était éteint. Le noir épais régnait dans un monde infini.
« Où suis-je » me demandai-je
Mais le vent sifflait à mes oreilles, murmurant des paroles de désespoir chargées de souffrance, qui s'engouffraient dans mon esprit.
Puis, soudainement, des souvenirs que je croyais estompés se ravivèrent, des souvenirs horribles.
Des visages au sourire narquois, des rires railleurs, des doigts moqueurs et des injures injustifiées. Ils s'agitaient autour de moi, me persécutant.
J'hurlai d'un cri inhumain dans les ténèbres de la nuit. Mon cœur chavira à ce souvenir. Mon cri féroce ancrait, gravait mes sentiments violents dans chacun des éléments de ce décor cauchemardesque. Ce souvenir disparut le temps d'une seconde mais d'autres succédèrent, m'arrachant des plaintes et des gémissements qui se renouvelaient à chaque raisonnement dans l'obscurité.
La respiration saccadée et sifflante, j'ouvris enfin les yeux, s'avançant, courant presque au bord de la falaise, ne pensant qu'à abréger cette souffrance insupportable. Je me relevai dans la nuit, ma silhouette clarifiée par une pleine lune sereine. Mes larmes coulaient tel un flot éternel. Je pensai que c'était la fin, que c'était le dernier moment qu'il me restait. Que je ne pourrais plus ressentir ne serait-ce qu'un invisible rayon de bonheur. L'Espoir, la Joie, l'Amour et même l'Amitié ne représentaient pour moi que des illusions, des sentiments irréels, un rêve insaisissable. J'avais ressenti depuis trop longtemps la souffrance en excès effaçant de mon cœur toutes autres émotions.
C'était la douleur qui avait la plus grande place dans ma vie. La douleur qui guidait le sort de mon quotidien. J'allais m'écraser des mètres plus bas sur le sol sableux. J'allais mourir et en finir. Je demeurerai éternellement imperturbable. Mais le moment était enfin venu. J'étais persuadée que personne ne regretterait ma mort. Ni ma mère, ni mon père, ni des amies que je n'avais pas. Ma petite sœur, peut-être. Mais j'avais pris la peine de lui expliquer que je partirai bientôt m'envoler, dans un autre monde lointain où son insigne en serait un sourire, où le bonheur serait réel, où le monde serait peuplé de couleurs vivantes. Je fermai les yeux un instant, écoutant pour la dernière fois, le chuchotement des feuilles, le vent frais, les bruits des animaux apeurés, le sifflement nocturne des cigales. Ces bruits qui représentaient la Vie. Je m'avançai d'un pas incertain, les larmes aux yeux, puis un autre et basculai dans le vide en perdant l'équilibre. Je tombai pendant un long moment avant de m'écraser d'une détonation forte et sèche….
Le sang coulait au coin de ma bouche…
Mon cœur ne battait plus, la vie s'était envolée…
Edit: Le point de vue de la première personne, je préfère.
Ce message a été modifié par tressy06 - 01 July 2009 - 02:06 PM.
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